Afin de comprendre les rouages d'un métier, rien ne vaut l'éclairage d'un professionnel aguerri. Nous essaierons de couvrir tous les domaines de la cybersécurité.

Nous poserons à des experts ou des débutants, des questions sur leur parcours, leurs missions, les atouts et les inconvénients de leur métier mais aussi leurs recommandations pour celles et ceux qui souhaiteraient suivre cette voie.

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Témoignage : consultant freelance avec Marc Alonso

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Marc Alonso est consultant freelance en architecture réseau/sécurité. Fort de ses 27 ans d'expériences en France et à l'étranger, Marc nous présente son parcours.

Quelles ont été les grandes étapes de votre parcours ?

J’ai commencé à travailler en 1993, juste après mon service militaire. J’ai arrêté l’école assez tôt. J’ai préféré faire ce qu’on appelle maintenant une alternance en électronique. Dans l’entreprise ou je travaillais, il y avait une vieille station SUN (UNIX). Un jour, je l’ai allumé et je me suis rendu compte qu’elle ne fonctionnait qu’en IP. Je suis un peu touche à tout alors j’ai commencé à m’auto-former. Ensuite, j’ai découvert les réseaux LAN et les routeurs de la marque GANDALF qui utilisaient un lien RNIS pour le WAN.
Un peu par hasard, un ami m’a proposé de contacter une personne qui cherchait à développer un serveur minitel, audiotel ainsi que des pages internet. J’ai été engagé j’ai créé mes premières pages http pour « le Journal du Téléphone ». Je me suis formé de cette manière sur le secteur des télécoms.
Après cette expérience, je suis allé travailler avec une de mes connaissances qui voulais créer un opérateur Internet à Paris. On a alors commencé à monter des modems. En 1994, alors que je surfais sur les premiers browsers comme Netscape, je suis tombé sur l’entreprise Cisco, spécialisée dans les réseaux. Ce sujet m’a passionné, et ai commencé à me former et lire toute la documentation relative aux réseau (IP/IPX/SNA etc..).
Bref, j’ai passé beaucoup de temps dans les bibliothèques et les manuels de configurations de CISCO, HP et d’autres… je suis autodidacte !
J’ai par la suite travaillé pour un opérateur Internet qui s’appelait Infonie. C’était une première version d’Internet, sous forme de CD. Infonie proposait des contenues créé par la société mais également un portail avec d’autres contenus. Mon travail consistait à aider les utilisateurs à paramétrer leur kit d’accès.
Par la suite j’ai intégré une société de service. Sans diplôme mais avec des compétences, j’ai réussi à les convaincre. J’ai un jour été envoyé en prestation au Figaro pour de l’administration Windows et le réseau local.  Finalement j’ai été embaucher le 1er janvier 2000 et J’ai gravi les échelons interne pour être reconnu comme le leader technique du réseau/sécurité.
En 2010, j’ai quitté Le Figaro pour rejoindre Bouygues en tant qu’ingénieur réseau senior (pendant cette période je me suis certifié CISCO CCNA[1]/CCNP[2]/CCIE written[3], JUNIPER JNCIS-ENT[4] et d’autres). Je suis passé ensuite par Orange ou j’ai travaillé sur la branche trading. J’y ai fait de la R&D sur la partie réseaux de la solution pour la faire fonctionner dans tous les environnent.
Après cela j’ai déménagé au Luxembourg et ai travaillé au sein de différentes sociétés : pour NTT puis chez Data Center Luxembourg (Cloud MEGA.NZ) et enfin Télécom Luxembourg.
Fin 2015 pour raison personnelle, je suis rentré à Paris et en 2016 j’ai créé ma propre société de consultance.
Aujourd’hui, je mise donc sur mon réseau professionnel et ma réputation pour trouver des contrats, missions. (Mes clients sont des PME, des grandes-entreprises et les institutions)

Qu'est-ce qui vous a donné envie de devenir consultant freelance ?

J’ai toujours eu envie de créer ma propre entreprise mais n’avais jamais eu le courage de le faire jusque-là. De retour à Paris après le Luxembourg, je me suis dit que je n’avais rien à perdre et me suis lancé.
J’ai créé mon entreprise, VIRMA CONSULTING, le 1ier avril 2016. Il a fallu que je trouve des clients alors j’ai prospecté sur les sites connus de freelance comme malt.fr, freelance.com ou encore les sites traditionnels de recherche d’emploi comme Monster. J’ai eu quelques contrats de cette manière mais ça n’était pas assez pour en vivre. J’ai alors contacté mon réseau pour savoir si mes services pouvaient intéresser. J’ai réussi à décrocher un gros contrat pour une entreprise du CAC40. Ils cherchaient une personne technique pour le lot réseau/sécurité. Le projet a duré plusieurs années ce qui m’a permis de rentrer dans mes frais.

Quelles démarches avez-vous effectué avant de vous lancer dans l’aventure ?

Avant de me lancer, j’ai acheté des livres sur le Droit des entreprises afin de savoir quelle forme juridique serait la plus adapté à mon projet : SA, SAS, EIRL ou EURL. Je suis également allé me renseigner à la Chambre des Métiers. Je n’ai pas été particulièrement aidée dans mes démarches.
Je me suis alors tourné vers un expert-comptable. Je lui ai apporté mon business plan et il m’a conseillé sur la meilleure forme d’entreprise à adopter. J’ai suivi ses conseils et créé une EURL (Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée). L’expert-comptable est la clé du succès. Il est capable de vous dire ce que vous devrez payer en fonction de la structure juridique choisie.
Après 4 ans à Paris, je suis retourné au Luxembourg, et j’ai dû effectuer le transfert transfrontalier de ma société afin de ne pas recommencer tous à zéro. Cette démarche m’a permis de conserver mes actifs/immobilisations de ma société. J’ai donc pu continuer ma société VIRMA CONSULTING en SARL au Luxembourg.
Lorsque j’ai débuté dans le freelance, je n’avais pas anticipé l’assurance responsabilité civile. Il faut s’assurer lorsqu’on effectue une la prestation faite chez le client. Autre point important en France : un consultant freelance ne cotise pas au chômage et à un régime d’assurance maladie différent. Il faut donc prévoir une mutuelle mais également, et surtout, une prévoyance car lorsque l’on est malade, nous ne sommes pas indemnisés. Et si nous ne travaillons pas, nous n’avons pas de salaire. Le gérant est moins protégé qu’un salarié lambda. C’est un élément à prendre en compte avant de se lancer.

Quels sont les avantages/inconvénients de votre statut ?

Il y a beaucoup d’avantages à être freelance. Je peux choisir des missions qui me stimulent. Actuellement, je travaille pour deux clients. Je ne suis pas cantonné à faire toujours la même chose. En plus, les relations avec le client et les équipes sont totalement différentes puisqu’il n’y a pas de rapport salarié/hiérarchie.
Je peux organiser mon travail comme je le souhaite, je n’ai pas de compte à rendre à partir du moment où le travail est effectué dans les délais fixés en accord avec le client.
Aujourd’hui j’ai la chance d’avoir des missions qui s’enchaînent. Je ne me sens pas particulièrement stressé pour la suite, malgré la crise sanitaire actuelle. Lorsque l’on est en freelance, il faut savoir se réinventer en permanence, trouver des solutions à ses problèmes. La crise actuelle n’est pas un obstacle dans mon travail. Je dois simplement trouver le moyen de me rendre utile. J’ai par exemple mis en place des communications distantes afin de sécuriser le recours au télétravail pour certains clients.
Être freelance apporte une satisfaction personnelle toute particulière car cela demande beaucoup d’engagement personnel. La première année tu n’as pas moyen de prendre trop de vacances. Il faut le vouloir. Mais voir le résultat concret de son propre travail ça vaut la peine.
Bien entendu, être freelance comporte également des inconvénients. Comme je l’ai dit, notre statut est très peu protégé (cela semble changer en France). Il faut prévoir en amont et compenser avec la trésorerie en cas de coup dur.
Les charges sociales importantes en France. Il faut prévoir qu’au minimum 60% des revenus partent en charge (l’URSSAF, la retraite, la mutuelle, la prévoyance et les frais de fonctionnement de la société (déplacements / repas …).
De plus, il est difficile de démarrer une activité de laquelle on puisse vivre sans expérience professionnelle antérieure. Avoir des contacts ou des rapporteurs d’affaire pour débuter est essentiel pour trouver des missions.

Quelles sont, pour vous, les qualités qui font un bon consultant freelance ?

Être consultant freelance, pour moi, c’est un état d’esprit. Il faut pouvoir être polyvalent car il doit avoir des connaissances en comptabilité, en gestion mais également en droit. Il faut savoir tenir ses comptes, toujours garder de la trésorerie pour pouvoir encaisser les mauvais coups.
Il faut aussi savoir vendre et avoir la fibre commerciale. L’erreur à éviter est de vendre ce que l’on ne sait pas faire. Un consultant freelance, comme tout consultant doit également être à l’écoute des besoins de son client pour pouvoir apporter une valeur ajoutée.
Il faut également avoir des connaissances en gestions de projet. Personne ne va te demander ou en est le projet. Tu dois respecter les deadlines fixés avec le client et organiser ton travail en ce sens.  Il faut donc être consciencieux.

Avez-vous quelques conseils pour des personnes voulant se lancer dans le freelance ?

Se lancer dans la freelance c’est toute une aventure. Il ne suffit pas d’avoir une idée, il faut aussi avec l’expérience et les connaissances pour pouvoir le faire. Autrement, c’est très difficile.
Avant de se lancer dans le freelance, renseignez-vous auprès de la Chambre des Métiers et consultez un bon expert-comptable une fois que votre business-plan est prêt. Vous saurez si votre idée est rentable ou non. De plus, il faut avoir acquis des connaissances en gestion (facture, devis, calculer des marges etc..). Et contrairement à ce qu’ils ventent à la télé, on ne peut pas créer une société à 1 euro. Il y a des frais associés et il faut apporter un capital de départ et investir dans les outils de travail (pour ma part un bon laptop, un routeur 4G).
Pour celles et ceux qui souhaiteraient débuter en freelance, je conseillerai de passer par le statut de micro-entrepreneur[1] qui a récemment remplacé celui d’auto-entrepreneur, avant de créer sa propre société. C’est pas mal pour tester un concept.
Acquérir le statut de micro-entrepreneur est plus simple. Il suffit de remplir un formulaire en ligne. On reçoit par la suite un extrait K pour exercer ton activité ainsi qu’un code NAF.
L’avantage du statut de micro-entrepreneur est que si tu n’as pas de clients et donc pas de revenus, tu ne paies pas de cotisations sociales. En plus, le montant des cotisations sociales et des impôts sont proportionnels au chiffre d’affaire. Autres avantages non négligeables, tu cotises pour la retraite et pour la sécurité sociale. Enfin, avec ce statut, tu peux te lancer dans une activité différente du métier que tu effectues sans que cela entre en conflit avec ton employeur.
L’inconvénient, parce qu’il en faut bien un, est que tu ne peux pas récupérer la TVA. Tandis que tu peux récupérer la TVA avec une société.

Merci Marc !

Vous souhaitez contacter Marc ? Rendez-vous sur sa page Linkedin.


[1] Cisco Certified Network Associate « atteste de la capacité à installer, configurer, exploiter et dépanner les réseaux routés et commutés de taille moyenne, notamment par la mise en œuvre et la vérification des connexions des sites distants dans un WAN ». Cisco.com

[2] Cisco Certified Network Professional : « valide la capacité à programmer, mettre en œuvre, vérifier et dépanner les réseaux des entreprises locales et étendues, et à travailler en collaboration avec les spécialistes en solutions avancées (sécurité, voix, sans fil et vidéo) ».Cisco.com

[3] Cisco Certified Internetwork Expert Routing and Swithcing : certifie les compétences requises des ingénieurs réseau de niveau expert pour planifier, exploiter et dépanner des infrastructures réseau complexes et convergentes. Cisco.com

[4] Juniper Networks Certified Specialists-Enterprise Routing and Switching : conçu pour les professionnels des réseaux expérimentés ayant une connaissance avancée sur le système d’exploitation Junos de Jupiter Networks. Globalknowledge.com